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LE PIRE N’EST PAS TOUJOURS CERTAIN.


don diègue.

De tous ces ennemis, Béatrix, je ne redoute que vous seule.


béatrix.

Pourquoi moi plutôt qu’une autre ?


don diègue.

Parce que mon plus grand chagrin c’est de voir l’activité avec laquelle vous vous occupez de cette affaire.


Entrent GINÈS et INÈS, chacun par une porte différente.

ginès.

Seigneur !


inès.

Madame !


béatrix.

Qu’est-ce donc ?


don diègue.

Quoi de nouveau ?


inès.

Voici mon maître ; je l’ai vu dans la rue.


ginès.

Et le pire, c’est que le seigneur don Pèdre est avec lui.


don diègue.

J’étais prédestiné, en naissant, à tous les malheurs de ce genre.


béatrix.

Peu importe que mon frère vous voie ici. Mais pour don Pèdre, c’est autre chose.


ginès.

Ce sont bien le père et le frère les plus ponctuels que j’aie jamais vus… Survient-il la moindre aventure, aussitôt les voilà.


don diègue.

Je vais m’enfermer un moment dans ce cabinet.


ginès.

Bon ! c’est tous les jours de même !


don carlos.

On n’entre point ici.


don diègue.

Ô ciel !… un homme est là !


béatrix.

Un homme !… Qui ce peut-il être ?


ginès.

C’est sans doute Abindarraẽz qui a pris les devans afin de ne pas de trouver sans gîte[1].


don diègue.

Ne jouez pas ainsi l’étonnement… Lorsque vous m’avez conduit

  1. Allusion à l’épisode d’Abindarraẽz, dans la Diane de Montemayor.