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LE PIRE N’EST PAS TOUJOURS CERTAIN.


don juan.

Depuis l’affaire de Madrid, il est mal avec don Diègue… Et puis vous, alors, vous n’y êtes plus pour rien.


don carlos.

Vous avez raison. Mais à qui donc alors nous adresser ?


don juan.

Attendez, j’y suis… et toutes les difficultés disparaissent.


don carlos.

Qui donc ?


don juan.

Ma sœur Béatrix. Elle est femme, et par conséquent la proposition venant de sa part, don Diègue n’a point à s’effaroucher. Béatrix, en outre, ne peut faire moins pour une personne qu’elle a chez elle, et dont maintenant elle connaît la famille et la naissance.


don carlos.

Voilà qui est bien pensé.


don juan.

Cachez-vous donc pendant que je vais en causer avec ma sœur.


don carlos.

Moi, me cacher… pourquoi ?


don juan.

Don Diègue et le père de Léonor ne doivent vous voir qu’après que tout sera conclu.


don carlos.

C’est que, vraiment, je ne puis me cacher…


don juan.

Il n’y a pas moyen sans cela.


don carlos.

Eh bien ! soit !… Mais à condition que personne au monde ne le saura que vous seul.


don juan.

C’est entendu.


don carlos.

Adieu donc. — Ah ! Léonor, mon amour, j’espère, aura fait assez pour toi, ingrate !… Pour un premier outrage je t’ai donné la vie ! et pour un second outrage je te rends l’honneur !

Il se cache.

don juan.

Si je réussis, ce sera moi qui y gagnerai le plus : je me trouve quitte de mes obligations envers Léonor, envers son père, envers don Diègue, et en même temps dégagé envers don Carlos… Il faut donc m’employer de mon mieux pour mènera bien une affaire d’où dépendent mon honneur et mon repos.