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LE GEÔLIER DE SOI-MÊME.


le roi, lisant.

« Afin que Votre Majesté ne s’inquiète pas de mon absence, je vous écris par Roberto. Je suis en bonne santé. Le motif qui m’a conduit à Naples ç’a été le désir d’assister au tournoi que don Pèdrc de Sforze a fait publier, et dans lequel je veux rompre une lance avec lui. — Le tournoi achevé, je m’empresserai de retourner aux pieds de Votre Majesté, dont le ciel conserve la vie ! — Le prince Frédéric. (Parlant.) Voilà donc quel est l’auteur de mes maux ! C’est le prince Frédéric qui a tué Rodolphe ! N’était-ce pas assez que le roi de Sicile fût mon ennemi, et fallait-il encore que son fils vînt porter la désolation dans mon royaume !


l’infante, à part.

Mon cœur, dissimulons mes chagrins, et que mon père ignore la cause de mes larmes ! (Haut.) Ô Frédéric ! ô prince barbare, cruel, impitoyable, dont la main hardie, dont la folle audace m’a donné la mort ! Prince perfide qui m’as enlevé la moitié démon âme, puisse le ciel te réserver une destinée telle que mon cœur la désire !


le roi.

Ma fille, vos larmes m’ont touché profondément. — Capitaine, cherchez sans retard le coupable, et mettez à feu et à sang le pays où l’on soupçonne qu’il a pu se cacher.

Il sort avec le Capitaine.

l’infante.

Ah ! Roberto, ta fidélité nous a perdus. Pourquoi donc es-tu resté à Naples ? pourquoi donc as-tu conservé cette lettre qui portait la signature du prince ? Ne pouvais-tu pas la déchirer, la brûler ?


roberto.

Je ne pouvais prévoir ce qui est arrivé. J’étais ici secrètement, et mon hôte (il y a des hôtes qui sont bien infâmes !) n’a pas craint de me dénoncer comme le serviteur du prince, lequel avait demeuré chez lui. Il avait écrit cette lettre au roi son père, et, pour notre malheur, il ne l’a pas envoyée.


l’infante.

Je ne m’en consolerai jamais.


Entre LE CAPITAINE.

le capitaine.

Le roi ordonne qu’on vous retienne prisonnier afin que vous ne puissiez pas donner avis de l’aventure.


l’infante.

Oui, il faut retenir prisonnier le serviteur d’un tel prince. (Bas, à Roberto.) Sois tranquille, je te délivrerai.


roberto, bas, à l’Infante.

Je me recommande à votre bonté.

Le Capitaine et Roberto sortent.