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JOURNÉE I, SCÈNE IV.


Scène IV.

Le salon de don Juan.
Entrent GINÈS, INÈS, puis DON DIÈGUE.

inès.

Qui frappe ?


ginès.

Adorable Inès, c’est votre humble serviteur qui revient à vos pieds aussi fidèle et aussi constant qu’il est parti.


inès.

C’est toi, mon Ginès ? — Tu ne m’embrasses pas ?


ginès.

Deux fois, trois fois pour une, si tu veux. Je n’y regarde pas de si près.


inès.

Par quel hasard te voilà-t-il de retour ?


ginès.

Tu le sauras plus tard. Pour le moment, il s’agit d’autre chose ; mon maître te veut parler.


inès.

Comment ! il est donc revenu lui aussi ?


don diègue.

Oui, ma chère Inès, très-désireux de le voir et de savoir des nouvelles de Béatrix.


inès.

Elle va fort bien ; et quand elle apprendra votre arrivée…


Entre BÉATRIX.

béatrix.

Qui est-ce donc, Inès, pour que tu t’arrêtes si long-temps ?


don diègue.

C’est un voyageur long-temps agité par la tempête de l’absence, et dont le navire battu par les flots a vogué parmi les écueils. Enfin la mer plus tranquille, le ciel plus clément, lui ont permis de prendre port à vos pieds, et il vient dans le temple de son amour consacrer la mémoire de ce qu’il doit à l’idole de son cœur.


béatrix, à part.

Comme ils mentent, ces hommes ! Mais ne nous trahissons pas. (Haut.) C’est en vain, seigneur don Diègue… Mais non, je vous le dirai ensuite. (À Inès.) Fais en sorte. Inès, qu’Isabelle ne vienne pas dans ce salon ; je ne voudrais pas que dès le premier jour elle connût mes ennuis.


inès.

Vous avez raison. — Au revoir, Ginès


ginès.

Je l’espère bien, et alors je te démontrerai la vérité de la chanson où il y a ce refrain :

« Charmante Inès, je t’aime joliment. »