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JOURNÉE II, SCÈNE I.

Car à votre peu de durée,
Il se voit bien que vous êtes à moi.


Entrent MALEC, DON ALVAR (TUZANI), et DOÑA CLARA (MALÉCA).

clara.

Ô mon bonheur ! ô ma joie !
Ne dites pas à qui vous êtes…


don alvar.

Car à votre peu de durée,
Il se voit bien que vous êtes à moi.


Les instruments continuent de jouer pendant la scène suivante.

clara, à part.

Ce chant m’a pénétré d’une indicible émotion.


don alvar, de même.

Il me semblait que ces paroles renfermaient un triste présage.


clara.

Au moment où mon père venait traiter de mon mariage !


don alvar.

Au moment où l’amour consentait enfin à exaucer mes vœux !


clara.

Bonheur que j’espérais, écoutez.


don alvar.

Écoutez, désirs impatiens.


les musiciens, chantant.

Oui, à votre peu de durée,
Il se voit bien que vous êtes à moi.


malec, à don Fernand.

Seigneur, puisque l’Amour s’est toujours plu à mêler ses jeux aux jeux sanglans de Mars, je venais te prévenir que je marie enfin Maléca.


don fernand.

Et quel est celui à qui tu accordes sa main ?


malec.

Ton beau-frère Tuzani.


don fernand.

J’approuve fort cette union. Je sais leur tendresse mutuelle ; je sais qu’ils ne pourraient pas vivre l’un sans l’autre. Où sont-ils ?

Don Alvar et doña Clara s’approchent.

clara.

Me voici à vos pieds.


don alvar.

Permets que je baise la main.


don fernand.

Non pas, viens dans mes bras. Et puisque d’après la loi de l’Alcoran, dont nous avons repris l’observance, il n’y a pour la consécration du mariage d’autre cérémonie que la délivrance des arrhes, je désire que Tuzani les donne en ma présence à la belle Maléca.