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JOURNÉE I, SCÈNE II.


léonor.

Des environs de Tolède.


béatrix.

Quel événement vous a conduite à Valence ?


léonor.

J’ai été amenée en cette ville par une des dames de la vice-reine. Elle vient de mourir. Voilà ce qui m’oblige à chercher une condition.


béatrix.

Sa bonne grâce et sa personne me plaisent. Que faisiez-vous chez cette dame ?


léonor.

J’étais demoiselle de compagnie.


inès, à part.

Demoiselle — de compagnie, c’est possible. Demoiselle — tout court, j’en doute[1].


léonor.

Je la coiffais aussi ; et je me flatte qu’à cet égard je pourrai vous contenter. Le printemps n’a point de fleur si charmante que je n’aie appris à l’imiter, et les fleurs les plus belles le seront plus encore dans votre chevelure. Vous n’aurez pas besoin, non plus, d’envoyer dehors vos jupes, ni vos collerettes ; pour monter et repasser je ne le cède à personne. Je couds en linge fin, je fais toute sorte de festons avec assez de facilité, je brode passablement, et sais travailler en tapisserie.


béatrix.

Vous êtes justement la personne qu’il me faut. À partir de ce moment vous pouvez rester ici. Puisque je le désire, mon frère, qui est le chef de la maison, n’y mettra point d’obstacle, j’en suis persuadée.


léonor.

Je compte sur sa bonté, madame. Étant noble comme il est, il ne refusera pas sa protection à une femme infortunée.


béatrix.

Votre nom ?


léonor.

Isabelle.


béatrix.

Vous pouvez quitter votre manteau.

  1. De doncella de labor,
    — Esso si, que fuera error
    Essotra doncelleria.

    Mot à mot : « De demoiselle de travail. — Pour cela, oui, car pour l’autre demoiselléité (doncelleria, mot fabriqué par Calderon), ce serait une erreur. »