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JOURNÉE III, SCÈNE II.

seulement, par rapport à celui-ci, en quoi, ainsi que vous le prétendez, il a été composé à mon intention ?


manrique.

Vous ne le voyez pas ?


syrène.

Non.


manrique.

Ah ! Syrène…


syrène.

Mais non.


manrique.

Eh bien ! à cause du ruban que vous m’avez donné hier.


syrène.

Ah ! oui, j’y suis.


manrique.

Certainement.


syrène.

Mais pourquoi dites-vous ruban vert plutôt que bleu, plutôt que rouge ?


manrique.

Parce que le ruban que vous m’avez donné était vert.


syrène.

Vraiment ?


manrique.

Oui.


syrène.

Montrez-le-moi un peu, que je voie s’il est vert.


manrique.

Ah ! malheureux. Hélas ! pauvre ruban !


syrène.

Quoi donc ?


manrique.

Si vous saviez, Syrène, ce qui m’est arrivé !


syrène.

Vous l’avez perdu peut-être ?


manrique.

Non. — Un malheur affreux.


syrène.

Contez-moi cela.


manrique.

Oh ! c’est une aventure incroyable. — J’étais un de ces jours passés, le soir, assis au bord du Tage, rêvant à vous, Syrène, et songeant à mon bonheur… Je tirai ce ruban de ma poche, et en accusait votre indifférence, je versai des larmes amères… Il me semble que je les sens encore couler le long de mes joues… Je couvrais ce ruban de baisers avec transport, quand tout-à-coup un aigle qui