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À OUTRAGE SECRET VENGEANCE SECRÈTE

courir par toute la maison, lorsque je suis sûr que c’était moi. Prenez à votre tour le flambeau, s’il vous plaît, et visitez-la.


don juan.

À quoi bon, puisque je suis persuadé désormais que c’était vous ? Je me suis trompé, j’en conviens.


don lope.

Eh bien ! nous la visiterons ensemble une seconde fois.


don juan.

Si vous le voulez absolument, je ne m’y refuse pas.


léonor, bas, à Syrène.

Il ne soupçonne rien ?


syrène, bas, à Léonor.

Non, madame.


don juan, à part.

Il s’imagine m’abuser, moi qui souhaiterais tant qu’il eût raison.


don lope, à part.

C’est ainsi qu’en attendant l’occasion favorable, celui qui médite une vengeance doit savoir souffrir et se taire.



JOURNÉE TROISIÈME.


Scène I.

Le port de Lisbonne.
Entrent DON JUAN et MANRIQUE.

don juan.

Où est don Lope ?


manrique.

Il est entré au palais.


don juan.

Cherche-le, et dis-lui que je l’attends.


manrique.

Cela suffit.

Il sort.

don juan.

En attendant qu’il vienne, réfléchissons à loisir, et aussi froidement que possible, sur la conduite que doit tenir un homme qui veut réveiller l’attention d’un ami sur les dangers que court son honneur. — Moi je suis plus complètement dévoué à don Lope que jamais homme ne le fut à un autre ; jamais homme n’a eu pour un autre l’amitié que j’ai pour lui. Je suis son hôte ; sa fortune est la mienne ; il m a confié sa vie, son âme. Comment donc, ô ciel ! pourrais-je payer d’ingratitude tant de courtoisie, de bonté, d’at-