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JOURNÉE I, SCÈNE II.


don louis.

Eh bien ! seigneur, en ce cas, veuillez, je vous prie, lui porter, comme une preuve de ma sincérité, ce diamant. Dès qu’elle l’aura vu. Je ne doute pas, seigneur, qu’elle ne vous permette de m’amener à ses pieds.


don bernard.

C’est une pierre rare… quelle belle eau ! quel éclat ! quels feux ! — Attendez, je reviens… (Il s’approche de Léonor.) Il arrive ici, divine Léonor, un marchand entre les mains duquel vous verrez des bijoux de prix et fort beaux. Je voudrais, si cela peut vous être agréable, vous en offrir quelques-uns, à votre choix. Voici un diamant qu’il m’a demandé de mettre sous vos yeux comme échantillon. Tenez, regardez-le.

Il lui donne le diamant.

léonor, à part.

Que vois-je ? Ciel !


don bernard.

Eh bien !


léonor, à part.

Je n’ose le croire.


don bernard.

Désirez-vous que je vous l’amène ?


léonor, à part.

Hélas ! ce diamant est le même que.. (À Syrène.) Dis-lui de venir, Syrène.


don bernard.

C’est moi qui irai, madame.

Il s’éloigne.

léonor.

Oh ! que l’amour me délivre de ce charme ! Ce diamant que tu vois, Syrène, est le même que je donnai autrefois à don Louis de Benavidès. Oui, ou mes larmes m’aveuglent, ou c’est le même. Il faut que je sache aujourd’hui par quelle suite d’accidens il est revenu en mes mains.


syrène.

Prenez garde, madame ; calmez-vous… les voici qui arrivent.

Don Louis devance don Bernard.

don bernard, à part.

Ce marchand est bien pressé de vendre. Ils sont tous les mêmes.


don louis, à Léonor.

C’est moi, madame…


léonor.

Âme de ma douleur ! réalisation de mes rêves !


syrène.

Prenez garde, madame, et taisez-vous. Je vois maintenant le motif de votre surprise.

Don Bernard s’approche.