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BONHEUR ET MALHEUR DU NOM.

Entrent LE PRINCE et des Valets.

le prince.

Quel est donc ce bruit ? Comme il a lieu dans votre maison, je n’ai pas voulu passer sans m’en informer ; surtout à présent que je vois chez vous don César et Celio.


lidoro.

Je vous dirai ce qui en est… du moins autant que je puis le savoir. (Montrant doña Serafina.) Cette dame est doña Violante, fille du seigneur Aurelio.


doña serafina, à part.

Ah ! malheureuse !


lidoro.

Elle a été amenée ici par don Félix (montrant don César), qui est ce cavalier, ami de don César.


aurelio.

Prenez garde ! vous vous trompez : voici don Félix ; voici don César.


le prince.

Alors je suis aussi de la partie ; car on m’a trompé.


lidoro.

Moi aussi, puisque je l’ai reçu chez moi.


don félix.

Si vous voulez bien m’écouter, mon seigneur, vous serez bientôt satisfait ; car on n’est pas coupable pour être un ami véritable. Don César est l’amant de doña Violante, et comme il avait un rendez-vous avec elle le jour où on le chargea de venir vous voir, je suis venu sous son nom et avec son message. Puis, comme un mien valet a laissé tomber entre les mains du seigneur Aurelio une lettre écrite à sa fille, cela a obligé don César à fuir, et a fait croire au seigneur Aurelio que je l’avais offensé. Ce n’est pas, je le répète, ce n’est pas un crime d’obliger un ami ; surtout quand j’ai voulu par là servir le mariage de don César, qui, par mon intermédiaire, s’offre à épouser doña Violante.


don césar.

J’en prends volontiers l’engagement.


aurelio.

Alors, comptant sur cette parole, je me tiens pour satisfait.


lisardo.

Moi non. (Au Prince.) Pardonnez, seigneur, car si je suis au nombre de vos gens comme étant Celio, je n’y suis point comme étant Lisardo, et je ne renonce pas si aisément à ma vengeance.