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JOURNÉE III, SCÈNE I.


don félix.

N’est-ce pas moi qui le suis ?


don césar.

Oui.


don félix.

La lettre est donc pour moi, puisque celui qui veut me parler ne vous connaît pas.


don césar.

Vous êtes curieux, parce que vous avez pris mon nom, de vouloir que je ne sois plus don César !


don félix.

Il serait plus curieux encore que j’eusse été don César pour trouver une hospitalité généreuse et pour obtenir la bienveillance d’un ange, et qu’après avoir profité de cette bonne fortune, je ne fusse plus don César quand viennent les ennuis. Non, mon cher, et il ne sera pas dit que je sois ici pour tout le monde don César quand cela va bien, et que je ne le sois plus quand cela va mal. Et puisque je ne suis pas homme à céder ni au bien ni au mal, laissez-moi, vive Dieu ! courir toutes les chances du bonheur et du malheur du nom.


don césar.

Dites tout ce qu’il vous plaira, mais rendez-moi la lettre, que je la lise.


don félix.

Cela ne vous regarde pas.


don césar.

Ne vous obstinez pas ; il faut que je la voie.


don félix.

Et comment, si je la garde ?


don césar.

Je ne sais, mais du moins…


don félix.

Après ?


don césar.

J’empêcherai que vous ne la lisiez.


don félix.

Par quel moyen ?


don césar.

Je ne vous perds pas de vue un instant… Partout où vous irez j’irai avec vous ; je ne vous quitte plus d’un pas, et d’aujourd’hui je vous suis comme votre ombre.


don félix.

Cependant comment ferez-vous, étant prisonnier ?


don césar.

Je passerai par-dessus toute considération, et je déclarerai hautement qui je suis.