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JOURNÉE II, SCÈNE I.


lidoro.

Vous me flattez, don César ; et à vous voir habillé si matin, je crains que vous n’ayez pas été satisfait de l’hospitalité.


don félix.

Au contraire, seigneur, cela prouve que cette hospitalité m’est si agréable que je ne veux rien en perdre. C’est insulter au bonheur que de dormir long-temps quand on est heureux.


lidoro.

Vous êtes bien courtois ; mais cela ne m’étonne pas, étant le fils d’un homme qui était la courtoisie même. Oh ! comme il serait content de vous voir galant comme vous l’êtes !… Dieu le tienne en sa gloire ! j’ai perdu là un bon ami.


don félix.

De l’héritage de mon père, ce titre est ce que j’estime le plus.


lidoro.

Je n’oublierai jamais notre liaison dans les guerres de Bourgogne. Sans lui un jour, dans une affaire, je serais demeuré sur le carreau… C’est le plus doux souvenir de ma jeunesse… Et qu’est devenu votre oncle ?


tristan, à part.

C’est par ici qu’il va le prendre.


don félix, à part.

Que répondre ? que faire ?… J’ai beau être l’ami de don César, je ne sais rien de ces détails. (Haut.) Duquel parlez-vous ?


lidoro.

De don Alexandre Farnèse.


tristan, bas, à don Félix.

Attention !


don félix.

Il est mort…


tristan, à part.

Bon ! voilà le pauvre homme expédié.


don félix.

À la guerre.


lidoro.

Je ne comprends pas qu’il y soit allé. Don Alexandre n’était pas militaire ; il était de mon temps lettré à Parme.


don félix.

Il avait été envoyé en Piémont comme auditeur.


tristan, bas, à don Félix.

Bravo ! vous vous en êtes bien tiré !


lidoro.

Et comment va madame doña Laura, sa femme ?


tristan.

Elle est abbesse.