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ont reçu de l’investiture du cordon sacré une seconde naissance. On en dit même autant du Mahâbhârata, qui, malgré son caractère réellement épique, peut passer quelquefois pour un Purâṇa, et notre Bhâgavata nous donne à ce sujet des détails qu’il a manifestement empruntés à la tradition[1]. Un commentateur que j’ai souvent cité, parce que la profonde connaissance de la littérature sanscrite dont il fait preuve, lui donne une grande autorité dans ces matières, Sâyaṇa, examinant quelles sont les classes de la société indienne qui ont droit à la lecture du Vêda, s’exprime comme il suit : « Les femmes et les Çûdras, quoiqu’ils aient aussi besoin de la science, n’ont aucun droit sur le Vêda, parce qu’ils sont privés de l’avantage de le lire, l’investiture du cordon sacré n’ayant pas été faite pour eux ; mais ils obtiennent la connaissance de Brahma, par le moyen des Purâṇas et des autres livres de ce genre[2]. » Dans un autre passage, après avoir rappelé et commenté, comme je l’ai indiqué plus haut, le texte de Yâdjñavalkya, où sont cités les Purâṇas, il termine l’énumération des diverses sources où l’on peut puiser la connaissance du Vêda, par cette observation : « C’est ainsi que les Purâṇas et les autres livres [indiqués par Yâdjñavalkya], parce qu’ils servent à faire connaître le sens des Vêdas, sont à juste titre mis au nombre a des instruments de la science[3]. »

Ces remarques expliquent suffisamment la dénomination de cinquième Vêda, déjà anciennement assignée à l’ensemble des Purâṇas, dénomination reproduite par notre Bhâgavata et par le Pâdma[4]. Il fallait bien que les classes inférieures eussent, comme

  1. Bhâgavata, l. I, ch. iv, st. 25 et 29.
  2. Vêdârthaprakâça, p. 37 du manuscrit de la Bibliothèque du Roi ; p. 29 de mon manuscrit.
  3. Vêdârthaprakâça, p. 46 du ms. de la Bibliothèque du Roi ; pag. 37 de mon manuscrit.
  4. Bhâgavata, l. I, ch. iv, st. 20 ; l. III, ch. xii, st. 39 ; Pâdma Purâṇa, cité par Râdhâkânta Dâva, au mot Purâṇa, p. 2194,