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assez prolongé au milieu de décombres (ce qu’on reconnaît aux mutilations qu’offrent les mains, les pieds et le nez, aux écaillures du marbre sur divers points, aux taches rouges occasionnées par les débris de briques qu’on jeta par-dessus, et aux incrustations de mortier entraîné par l’infiltration des eaux pluviales tombant sur l’amas des décombres dans tous les creux), on l’ait soustraite à cette humiliation et dérobée à tous les regards, en la plaçant dans ce passage, dont on se privait en en murant l’ouverture des deux côtés ? Malheureusement, aucune trace d’inscription ni d’écusson ne vient nous aider à pénétrer ce mystère. L’une des pièces auxquelles ce passage, orné de colonnettes sur les côtés, dans la baie, servait de communication, appartenait à l’hôpital depuis son établissement ; l’autre était restée partie du monastère. On ne peut pas supposer que le placement de cette pierre dans ce passage soit de l’époque de l’établissement de l’hôpital. Quel intérêt aurait-on eu alors à l’y reléguer ? les moines l’auraient placée dans leur église ou dans le cloître. Les colonnettes qui décoraient ce passage, et qu’on a retrouvées brisées et en partie détruites, indiqueraient-elles une niche tombale ? Mais ces niches s’élevaient sur un massif de maçonnerie dont l’intérieur était le tombeau : jamais elles n’étaient de plain-pied avec le sol ; et, dans l’hypothèse contraire, le marbre aurait été scellé contre le mur, au lieu d’être simplement appuyé ; et, d’ailleurs, ces mutilations, ces traces évidentes d’un séjour sous des décombres, comment pourraient-elles s’expliquer ?

Le monastère de Saint-François fut fondé à Perpignan en 1214. À partir de cette époque, le Roussillon a éprouvé bien des désastres par l’effet des guerres cruelles dont il a été le théâtre. Mais à laquelle de ces grandes calamités rattacher la sépulture violée de notre chevalier ? À vingt-huit années de distance, l’histoire locale offre deux circonstances auxquelles pourrait bien se lier l’événement qui fit du personnage inconnu dont nous nous occupons un héros peut-être et bientôt un proscrit. En 1326, l’infant de Majorque, don Philippe, frère du feu roi don Sanche, s’était rendu à Barcelone pour défendre les intérêts de son neveu et pupille, Jacques II, successeur au trône de Majorque de don Sanche, et que le roi d’Aragon voulait déposséder de la couronne. Pendant son absence de Perpignan, une ligue se forme entre la noblesse de la province et celle du Languedoc, soutenue par le comte de Foix,