Page:Buisson, Rapport fait au nom de la Commission de l’enseignement chargée d’examiner le projet de loi relatif à la suppression de l’enseignement congréganiste - N°1509 - Annexe suite au 11 février 1904 - 1904.pdf/35

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sance et un danger. Et ils voudraient que l’on s’en prît aux doctrines.

Ce serait la pire des erreurs.

Il n’y a pas de doctrines dangereuses, du moins au sens et au degré qui permettraient à la loi d’intervenir. Mais il peut y avoir, sous couleur de doctrines, des organisations oppressives assez dangereuses pour que la loi ne les autorise pas.

Ce sont des organisations de ce genre, faites au point de vue scolaire, que notre loi a pour but — et pour seul but — de détruire.

Telle est du moins la manière de voir qui a prévalu dans la Commission. M. Vazeille et quelques autres de nos collègues ont tenu, il est vrai, à réserver expressément sur ce point leur opinion, à savoir que la solution aujourd’hui proposée sera tôt ou tard reconnue insuffisante et qu’il en faudra venir au monopole universitaire.

Ils estiment en effet que la liberté d’enseignement, consacrée par les lois existantes et confirmée par celle que nous préparons, ne permettra pas à l’État de se défendre contre les multiples et ingénieuses transformations du cléricalisme enseignant. Ils consentent donc à voter cette loi, mais sans renoncer à reprendre en temps et lieu la seule politique à leurs yeux décisive, c’est-à-dire l’organisation de l’enseignement en service d’État exclusivement dirigé par l’État[1].

La majorité de la Commission, en donnant acte à nos collègues de leurs réserves à ce sujet, n’hésite pas à maintenir la liberté de l’enseignement sauf les garanties exigées par les lois. Ce n’est pas l’esprit de l’enseignement, bon ou mauvais, qu’elle veut atteindre ; elle atteint seulement le moule où l’on prétend le comprimer et le modeler de vive force.

Quelle que soit la doctrine, l’État lui doit la liberté, mais il ne lui doit que la liberté.

Quelle que soit la doctrine, il est permis de la défendre et il est permis de l’attaquer, mais par les seules armes de la libre discussion.

Quelle que soit la doctrine, si elle a besoin pour se soutenir et se propager de réduire un grand nombre d’hommes à l’état d’obéissance

  1. L’examen d’une autre solution incidemment indiquée à la Commission a été écarté comme étranger à la présente discussion. Il s’agirait de faire passer obligatoirement quiconque voudra enseigner — tout au moins enseigner dans une école publique — par une préparation professionnelle consistant à suivre un an au minimum des cours de pédagogie établis soit dans les écoles normales, soit dans une Faculté des lettres, soit dans d’autres établissements de l’État. Cette question, récemment envisagée dans une réunion mixte officieuse de membres de notre Commission et de la Commission du budget, a été recommandée à l’examen de notre collègue M. Simyan à l’occasion de son prochain rapport supplémentaire.