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je le quittai. Catherine soupa avec son frère et sa belle-sœur. Joseph et moi, nous nous joignîmes pour un repas tout à fait insociable, assaisonné de reproches, d’un côté, et d’insolence de l’autre. Le gâteau et le fromage d’Heathcliff restèrent sur la table toute la nuit pour les fées. Il s’arrangea pour continuer son travail jusqu’à neuf heures, après quoi il s’en alla, muet et sombre, dans sa chambre. Cathy resta debout très tard, ayant un monde de choses à ordonner pour la réception de ses nouveaux amis ; une fois elle vint dans la cuisine pour parler à son ami d’autrefois ; mais il n’y était pas, de sorte qu’elle se contenta de demander ce qu’il avait, et sortit. Le lendemain matin, le garçon se leva de bonne heure, mais comme c’était un jour de fête, il s’enfuit avec sa mauvaise humeur vers les bruyères et ne reparut que lorsque la famille fut partie pour l’église. Le jeûne et la réflexion semblaient l’avoir amené à un meilleur esprit. Il resta quelques instants accroché autour de moi, puis, s’étant armé de tout son courage, il s’écria tout à coup :

— Nelly, faites-moi propre, j’ai l’intention d’être bon.

— Il est bien temps, Heathcliff, lui dis-je, vous avez fâché Catherine : elle regrette d’être revenue. C’est comme si vous étiez jaloux d’elle parce qu’on pense plus à elle qu’à vous.

L’idée d’être jaloux d’elle était incompréhensible pour lui ; mais l’idée de la voir fâchée, il la comprenait assez clairement.

— Est-ce qu’elle vous l’a dit, qu’elle était fâchée ? demanda-t-il d’un air très sérieux.

— Elle a pleuré quand je lui ai dit que vous étiez reparti ce matin.

— Eh bien moi j’ai pleuré hier soir, répliqua-t-il, et j’avais plus de raisons pour pleurer qu’elle.