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ferme, toujours prête pour toute besogne qu’on voulait me donner. Un beau matin d’été — c’était, je me rappelle, au commencement de la moisson — M. Earnshaw, le vieux maître, descendit en tenue de voyage ; et après avoir dit à Joseph ce qu’il y avait à faire ce jour-là, il se tourna vers Hindley, Cathy et moi — car j’étais assise avec eux, mangeant mon porridge — et il dit, parlant à son fils : « Mon bon petit homme, je vais à Liverpool aujourd’hui, qu’est-ce qu’il faut que je vous apporte ? Vous pouvez choisir ce qui vous plaira, seulement que ce soit quelque chose de petit, car j’aurai à aller et revenir à pied : soixante milles dans chaque sens, c’est long à épeler. » Hindley demanda un violon. Alors il se tourna vers miss Cathy ; elle avait à peine six ans, mais elle pouvait monter sur tous les chevaux de l’écurie, et elle choisit un fouet. Le maître ne m’oublia pas non plus ; car il avait un bon cœur, bien qu’il fût quelquefois un peu sévère. Il me promit de m’apporter plein mes poches de pommes et de poires, après quoi il embrassa ses enfants, dit adieu, et partit.

Cela nous sembla long à nous tous, les trois jours de son absence ; et souvent la petite Cathy demanda quand il serait revenu. Madame Earnshaw l’attendait pour souper le troisième soir, et elle ajournait le repas d’heure en heure. Pourtant, il ne faisait aucun signe d’arriver, si bien qu’à la fin les enfants se fatiguèrent de descendre à la porte pour regarder. Il se fit noir, la vieille maîtresse aurait voulu qu’ils allassent se coucher, mais ils demandèrent en pleurant la permission d’attendre ; et juste vers onze heures, le loquet de la porte fut tranquillement soulevé, et le maître entra. Il se jeta dans un siège, riant et grognant, et leur ordonna à tous de se tenir à distance, car il était à peu près tué, et ne recommencerait pas une telle marche pour les trois royaumes.