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livides, prenaient l’aspect de la mort. Linton était terrifié.

— Cela n’a pas d’importance, murmurai-je. Je voulais l’empêcher de céder, tout en me sentant effrayée dans mon cœur.

— Mais elle a du sang sur ses lèvres ! dit-il en frissonnant.

— Oh, ne vous en occupez pas, répondis-je sèchement. Et je lui dis comment, avant qu’il n’arrivât, elle avait pris la résolution d’avoir une crise de fureur. J’eus l’imprudence de lui faire ce rapport à haute voix, et elle m’entendit ; car elle se dressa, ses cheveux volant sur ses épaules, ses yeux étincelant, les muscles de son cou et de ses bras faisant saillie d’une façon extraordinaire. Je me résignais à avoir au moins quelques os brisés ; mais elle ne fit que regarder autour d’elle quelques instants, et s’élança hors de l’appartement. Le maître m’ordonna de la suivre, et je le fis, jusqu’à la porte de sa chambre ; mais elle m’empêcha d’y entrer en s’enfermant à clé.

Le lendemain matin, comme elle ne faisait pas mine de vouloir descendre pour le déjeuner, je montai lui demander si elle voulait que je lui apporte son déjeûner dans sa chambre.

— Non ! répondit-elle d’un ton péremptoire. Je répétai la même question et reçus la même réponse au dîner et au thé, et aussi le matin d’après. M. Linton de son côté passait son temps dans la bibliothèque, sans s’informer de ce que faisait sa femme. Il avait eu une heure d’entretien avec Isabella, et avait fait tout son possible pour arracher d’elle l’expression du sentiment d’horreur que devaient lui avoir inspiré les avances d’Heathcliff ; mais il ne put avoir d’elle que des réponses évasives, et dut clore l’examen sans avoir satisfaction. Il ajouta seulement, de la façon la plus formelle, que si elle était assez déraisonnable pour encourager cet indigne prétendant, cela suffirait pour rompre tout lien de parenté entre elle et lui.