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servir ses repas dans sa chambre. De temps à autre seulement il daignait venir prendre le thé dans le salon avec ses enfants ; encore était-ce pour se faire lire par une de ses filles les articles des journaux et pour s’entretenir des menus événements de la politique courante. Ni livres d’histoires à images, ni poupées, ni jeux d’aucune sorte, Emily et ses sœurs ne connurent rien de pareil. À quinze ans, Emily ne savait aucun jeu, et un jour que des enfants du village étaient venus au presbytère, on vit les grandes filles du pasteur leur demander avec curiosité comment on devait s’y prendre pour jouer.

Les six enfants, d’ailleurs, vivaient ensemble et ne se quittaient pas. L’aînée des filles, Marie, s’était peu à peu habituée à les conduire : « Elle était bonne comme une mère, rapporte une vieille femme de Haworth, qui a veillé Madame Brontë dans sa maladie. Mais jamais aussi il n’y a eu d’aussi parfaits enfants. Je les croyais bêtes, tant ils différaient de tout ce que j’avais vu. M. Brontë leur avait interdit de manger de la viande, par le motif que lui-même, dans son enfance, n’avait été nourri que de pommes de terre ; et ils ne mangeaient que des pommes de terre, mais jamais je ne les ai vus désirer autre chose. Ils étaient tranquilles et bons ; Emily était la plus jolie. »

Cette existence dura encore un an après la mort de la mère. Les enfants continuaient à dormir tous dans la même chambre, à se nourrir de pommes de terre, et à avoir pour distraction principale la lecture des journaux. En 1822, la sœur de leur mère, miss Bran-