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pas toujours beau, ni jeune, et il peut ne pas toujours être riche.

— Il l’est maintenant, et je n’ai à faire qu’au présent, je voudrais que vous parliez d’une façon un peu raisonnable.

— Eh bien, ceci tranche la question ; si vous n’avez à faire qu’au présent, mariez-vous avec M. Linton.

— Je n’ai pas besoin de votre permission pour cela ; à coup sûr il faut que je me marie avec lui, mais vous ne m’avez pas encore dit si j’avais raison.

— Parfaitement raison, si on a raison de se marier seulement pour le présent. Et maintenant, dites-moi de quoi vous pouvez être malheureuse. Votre frère sera enchanté, la vieille dame et le vieux monsieur ne feront pas d’objections, je pense ; vous vous échapperez d’une maison incommode et en désordre pour aller dans une autre qui sera riche et respectable ; et vous aimez Edgar, et Edgar vous aime. Tout semble simple et facile : où donc est l’obstacle ?

— Ici ! et là ! répondit Cathy mettant une main sur son front et l’autre sur sa poitrine : dans l’endroit quel qu’il soit où demeure l’âme. Dans mon âme et dans mon cœur, je suis convaincue que j’ai tort.

— Voilà qui est bien étrange ; je ne vous comprends pas.

— C’est mon secret. Mais si vous voulez ne pas vous moquer de moi, je vous l’expliquerai. Je ne puis le faire distinctement, mais je vous donnerai un sentiment de ce que je sens.

Elle s’assit de nouveau près de moi, sa figure était devenue plus triste et plus grave, et ses mains jointes tremblaient.

— Nelly, est-ce qu’il vous arrive de rêver des rêves bizarres ? dit-elle tout à coup après quelques minutes de réflexion.