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de restreindre une nature déréglée, alors qu’il ne pouvait en résulter pour elle ni crédit ni louange.

M. Edgar avait rarement le courage de faire des visites ouvertes à Wuthering Heights. La réputation d’Earnshaw le terrifiait, et il tremblait à l’idée de le rencontrer ; et pourtant nous faisions toujours, quand il venait, notre possible pour le recevoir poliment ; le maître lui-même évitait de l’offenser, sachant pourquoi il venait ; et s’il ne pouvait pas être gracieux, il se retirait de son passage. Je crois plutôt que sa venue là-bas déplaisait à Catherine : elle n’était pas artificieuse, n’aimait pas à jouer à la coquette et voulait évidemment empêcher ses deux amis de se rencontrer ; car lorsque Heathcliff exprimait devant Linton le mépris qu’il avait pour lui, elle ne pouvait pas avoir l’air à moitié d’accord avec lui, comme elle faisait quand Linton témoignait du dégoût et de l’antipathie pour Heathcliff ; elle n’osait pas traiter ces sentiments avec indifférence, comme si la dépréciation de son compagnon n’avait aucune importance pour elle. J’ai ri souvent de ses perplexités, et de ses embarras secrets, qu’elle s’efforçait vainement de cacher à ma moquerie. Ceci semble le fait d’une mauvaise nature : mais elle était si fière qu’il semblait vraiment impossible d’avoir pitié de sa détresse aussi longtemps qu’elle ne serait pas amenée à plus d’humilité. Enfin elle se décida à avouer et à me faire sa confidence ; il n’y avait personne autre dont elle put faire sa conseillère.

Une après-midi, M. Hindley était parti et Heathcliff s’en était autorisé pour se donner congé. Il avait alors atteint, je crois, l’âge de seize ans, et sans avoir une mauvaise figure, ni manquer d’intelligence, il ne laissait pas de causer une impression de répulsion physique et morale dont il ne reste plus aucune trace dans son aspect d’à présent. D’abord, il avait, avec le temps, perdu tout le