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SOUVENIRS D’UNE MORTE VIVANTE

Le 10 novembre, la nouvelle de la victoire de Coulmiers avait donné du courage aux Parisiens, ils se battirent avec beaucoup d’énergie. Le 12, lorsque Saint-Cloud fut attaqué, on entendait le canon nuit et jour, sans discontinuer ; l’air était chargé de salpètre.

Le 13, la délivrance d’Orléans fut affichée aux portes des mairies de Paris. Encore une lueur d’espoir.

Le service du 17me de la Garde Nationale, duquel je faisais partie, était au bastion, 61 ou 63, je ne me souviens pas exactement.

L’hiver, cette année-là, fut précoce et rigoureux, nous n’avions pas chaud aux remparts, nous avions pour nous réchauffer des braseros que nous étions obligés de laisser en dehors de nos campements, en plein air, car dans l’intérieur il était impossible de supporter le gaz qui se dégageait du coke. Pour faire cuire notre nourriture cela était assez difficile, nous étions obligés d’ouvrir une tranchée dans le sol, assez profonde, nous n’avions que du bois vert, lorsque notre soupe était faite elle sentait plus la fumée qu’autre chose. Souvent, malgré nos efforts, si un vent subit et inverse venait à souffler, notre feu s’éteignait et notre repas restait en plan ; on prenait gaiement la chose. « Demain nous aurons plus de chance, disions-nous. »

De 3 heures en 3 heures, les patrouilles faisaient leur ronde pour se rendre compte si tous étaient à leur poste, puis, c’était le relèvement de la sentinelle de service de notre camp, de 2 heures en 2 heures, enfin cela n’en finissait jamais. Nous entendions sans cesse