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usage pour notre vie intérieure. La seule utilité effective des sciences est de former l’esprit à l’observation et au raisonnement.

Telle est la vanité du suprême effort de l’homme pour se réconcilier avec lui-même. Loin de résoudre les contradictions de notre nature, la philosophie nous les montre essentielles et irrémédiables. Nous voyons en nous un mélange incompréhensible de grandeur et de misère, de dignité et de bassesse. L’homme est grand, puisqu’il prétend s’unir à Dieu ; il est misérable, puisqu’il ne peut ni le connaître, ni aller vers lui. Son âme est noble, puisqu’elle voudrait se dépasser ; elle est basse, puisqu’en fait, en toutes choses, elle ne cherche que soi. C’est l’infini et le fini à la fois inséparables et inconciliables.

La sagesse, dès lors, ne consisterait-elle pas à s’oublier, à se plier à sa condition, à s’endormir sur le mol chevet de l’ignorance et de l’incuriosité ? Cette résolution serait, de toutes, la plus criminelle et la plus funeste. L’homme ne saurait s’y abandonner sans renier sa qualité d’homme. Un tel désespoir, ou une telle lâcheté, se concevrait, si l’homme n’était qu’impuissance. Mais sa grandeur est aussi réelle et indestructible que sa misère. Qu’il ne songe donc point à apaiser cette inquiétude sans cesse renaissante, qui se mêle à toutes ses joies et qui les corrompt. Elle lui rappelle ses destinées supérieures. Que plutôt il se contemple d’un regard sincère ; et que, voyant clairement l’impossibilité d’écarter comme de résoudre le problème de sa nature, après avoir vainement cherché la solution en lui-même et