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LE


PHILOSOPHE ALLEMAND JACOB BŒHME


(1575-1624)


« Gott ist von der Natur frei, und die
Natur ist doch seines Wesens. »


J. BŒHME, vom dreifachen Leben
des Menschens, 16, 37 (Bœme’s Werke
édit. Schieber, t. IV, p. 249).



Ce n’est pas l’usage, même en Allemagne, d’assigner au cordonnier théosophe de le Renaissance, Jacob Bœhme, une place importante dans l’histoire de la philosophie. On reconnaît en lui, avec Hegel, un esprit puissant ; mais, quand on accorde que de son œuvre obscure et confuse se dégagent un certain nombre de doctrines à peu près saisissables pour l’intelligence, on range ces doctrines du côté de la théologie et de l’édification chrétienne. plutôt qu’on n’y voit des monuments de la science profane et rationnelle. Une telle appréciation est naturelle en France où la philosophie, selon l’esprit de Descartes, relève surtout de l’entendement et se défie de tout ce qui ressemble au mysticisme.Mais en Allemagne la philosophie n’a pas revêtu d’une façon aussi constante la forme rationaliste. À côté de la lignée des Leibnlz, des Kant, des Fichte et des Hegel, qui sont comme les scolastiques de l’Allemagne moderne, il y a la série des philosophes de la croyance, de la religion ou du sentiment : les Hamann, les Herder, les Jacobi, le Schelling théosophe, et l’illustre philosophe chrétien, Franz von Baader. Ceux-ci sont, en face de ceux-la, les dissidents