Page:Boutroux - De la contingence des lois de la nature.djvu/96

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cas, le passage des conditions au conditionné, au sein même de l’être vivant, serait purement physique, bien que la vie, comme telle, fût un principe spécial.

S’il en est ainsi, les éléments, la matière de la vie sont, il est vrai, exclusivement des forces physiques et chimiques ; mais ces matériaux ne restent pas bruts : ils sont ordonnés, harmonisés, disciplinés en quelque sorte par une intervention supérieure. La vie est, en ce sens, une véritable création.

Mais, si la vie n’est pas enchaînée aux agents physiques, ne porte-t-elle pas en quelque sorte la nécessité en elle-même ? N’obéit-elle pas à des lois spéciales, dites physiologiques, qui ne laissent que peu ou point de place à la contingence ?

Et d’abord, n’y a-t-il pas correspondance exacte entre les phénomènes physiologiques et les phénomènes physiques ? N’y a-t-il pas, par conséquent, au sein du monde vivant, un principe de liaison analogue à celui qui existe dans le monde physique ? Et, bien que la vie ne soit pas un phénomène physique, la part de contingence qu’elle admet n’est-elle pas exactement mesurée par celle que comporte le monde physique proprement dit ?

Il est sans doute vraisemblable que toute modification physiologique est liée à une modification physique déterminée. Mais, s’il est déjà difficile de comparer entre eux, au point de vue de la quantité, les phénomènes physiques ; et si l’on est réduit, quand on y cherche un élément scientifiquement déterminable, à en mesurer les conditions mécaniques : n’est-il pas plus difficile encore de trouver une unité de mesure physiologique, qui permette d’établir la correspondance du monde vivant et du monde physique, en ce qui concerne les rapports respectifs des phénomènes des deux