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appliqués à la science, risquent de gêner et de fausser l’observation.

Mais, dira-t-on, la biologie est, à tout le moins, dominée et dirigée par les deux idées suivantes. D’abord la vie est la réalisation d’un type et, comme telle, est un lien de connexion entre les parties : quand un organe est donné, l’organe connexe doit être donné également, fût-ce à l’état rudimentaire. L’être vivant est un tout. Ensuite, la vie est une action commune, et les organes sont construits de manière à pouvoir y concourir : il y a corrélation entre leurs rôles, et, par suite, entre leurs formes. En ce sens, l’être vivant est un système harmonieux.

Il est vrai que ces deux principes sont impliqués dans la biologie ; mais ils ne dépassent nullement la portée de l’expérience, et c’est elle-même qui les a révélés. L’unité n’y est conçue que comme rapport constant de juxtaposition, et l’harmonie n’y est conçue que comme influence réciproque.

La liaison, d’ailleurs, n’est considérée comme absolue, ni dans la loi des connexions, ni dans la loi des corrélations : d’autant que chacune de ces deux lois, prise absolument, pourrait faire tort à l’autre. La conservation du type pourrait nécessiter l’existence d’organes d’ailleurs inutiles ; la conservation de l’individu pourrait nécessiter des dérogations à la forme typique.

Ainsi la vie, considérée comme totalité et harmonie, comme unité statique et dynamique, n’est pas l’objet d’une notion à priori. Le rapport qui l’unit aux propriétés physiques nous est donné par l’expérience et en partage les caractères.

Mais, si ce rapport n’est pas nécessaire en droit, ne peut-on soutenir, au point de vue même de l’expérience, qu’il est nécessaire en fait ? La vie n’est-elle pas partout répandue dans la nature ; et l’immobilité de la matière inorganique est-