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En quoi consiste l’acte vital, l’organisation ? Il est clair qu’il n’est pas suffisamment défini par le terme de combinaison. Il ne consiste pas dans la formation d’un agrégat analogue à un morceau de soufre ou à une goutte de mercure, mais dans la création d’un système où certaines parties sont subordonnées à certaines autres. Il y a, dans un être vivant, un agent et des organes, une hiérarchie.

Cet ordre hiérarchique a-t-il sa raison suffisante dans la propriété qu’ont les éléments anatomiques d’acquérir des formes différentes les unes des autres ? — Non, sans doute, parce qu’il faut que la différenciation ne se produise pas au hasard, pour que certaines parties se subordonnent aux autres ; il faut que la cellule se comporte autrement que la matière chimique proprement dite, laquelle, à travers les différentes formes qu’elle revêt, ne parvient pas à créer de systèmes hiérarchiques.

Mais peut-être cette différenciation appropriée s’explique-t-elle par les conditions différentes de la production et de l’existence des différentes cellules ? — Encore faut-il que les cellules puissent naître et subsister précisément dans les conditions requises pour déterminer des différences de valeur. On ne voit pas une telle flexibilité dans la matière inorganique.

Peut-on dire enfin que les principes qui expliquent toute organisation sont les conditions internes, la composition chimique des matériaux élémentaires, c’est-à-dire des cellules ? — Mais la cellule, en supposant que tout élément vivant s’y ramène, est un être qui possède déjà, dans une certaine mesure, les caractères mêmes qu’il s’agit de résoudre en propriétés physiques : la hiérarchie des parties et la faculté de créer des cellules nouvelles, entre les parties desquelles s’établira la même hiérarchie. Le protoplasma est, dans la cellule, une partie maîtresse. Il crée le noyau liquide