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chaleur qui survient ou disparaît, lorsqu’un mouvement de translation se change en mouvement moléculaire et réciproquement, naisse de rien ou soit anéantie. On peut admettre qu’il existe un état latent, sinon de la chaleur mécanique (laquelle n’est que le mouvement moléculaire), du moins de la chaleur physique superposée à ce moment ; et que la chaleur physique demeure dans cet état, quand elle n’est pas sensible. En somme, le monde physique se conserve comme le monde mécanique. Les mêmes agents subsistent avec les mêmes propriétés ; et la quantité de matière chimique demeure sensiblement la même. On peut donc se demander s’il n’y a pas, au sein du monde physique, un principe de nécessité qui consisterait dans la conservation de l’action physique elle-même.

Il peut sembler, au premier abord, qu’en admettant cette loi, on ne ferme pas tout accès à la contingence dans le monde physique. Cette loi implique sans doute l’égalité de l’état conséquent par rapport à l’état antécédent, au point de vue physique lui-même ; mais elle n’exige pas immédiatement que le passage de celui-ci à celui-là soit nécessaire ; elle détermine l’intensité, non le mode des phénomènes ; elle mesure la force, elle n’en assigne pas l’emploi. Dès lors ne peut-on penser que cette loi énonce simplement la condition sous laquelle se produisent des transformations d’ailleurs contingentes ?

Mais, pour que le changement d’état s’explique physiquement, il faut qu’une ou plusieurs circonstances physiques soient venues s’ajouter aux conditions données ou que certaines de ces conditions aient disparu, ce qui suppose l’intervention ou la disparition d’une certaine quantité d’action physique. Les modes ne sont que des abstractions, s’ils n’ont pas quelque intensité. Ce serait donc vainement que l’on chercherait dans le monde physique des marques de contin-