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le changement par la nature des choses, considérée comme l’expression immédiate et également immuable de la substance ainsi comprise. Où voyons-nous, surtout en ce qui concerne l’homme, une nature primordiale, qui ne suppose pas l’action ? Le caractère n’est-il pas le résultat des actes instinctifs ou réfléchis ? Les facultés de l’homme se développeraient-elles, existeraient-elles, si elles ne s’exerçaient pas ? Qu’est-ce que l’âme avant l’action ? La matière première, s’il en existe une, a-t-elle, ici surtout, un rôle comparable à celui de l’artiste qui la pétrit, l’organise, lui donne la vie, la physionomie et la beauté ? En dépit des apparences, un individu, une nation, l’homme enfin n’est jamais complètement esclave de son caractère. Car son caractère est né de l’action, et par conséquent dépend d’elle. Ce n’est pas l’immobilité qui est le trait dominant de la nature humaine, c’est le changement, progrès ou décadence ; et l’histoire, à ce point de vue, est le correctif nécessaire de la psychologie statique. La condition réelle de l’homme est toujours le passage d’un état à un autre ; les lois psychologiques les plus générales sont relatives à une phase de l’humanité.

Cette doctrine, d’ailleurs, n’est pas en contradiction avec les données de la psychologie, lorsque celle-ci ne se condamne pas d’avance à tout réduire en formules exactes et immuables. Un conséquent psychologique ne trouve jamais dans l’antécédent sa cause complète et sa raison suffisante.

Cette disproportion des deux termes se manifeste particulièrement dans les actes volontaires. Dans la résolution qui suit la considération des motifs, il y a quelque chose de plus que dans les motifs : le consentement de la volonté à tel motif de préférence à tel autre. Le motif n’est donc pas la cause complète de l’acte. En est-il du moins la raison suffisante ? Certes, c’est toujours le motif le plus fort qui