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tance dans l’effort est la vertu la plus difficile à réaliser.

L’âme a pourtant la faculté de rendre à ses sentiments éteints, à ses idées effacées, à ses résolutions languissantes leur énergie primitive, parfois même une énergie qu’ils n’ont jamais eue. Mais, dans ce cas encore, il n’y a point création d’énergie psychique. Cette résurrection ne s’opère pas d’elle-même. Elle est déterminée par un état présent analogue à l’état passé, et c’est la vie de l’état présent qui se communique au fantôme de l’état passé.

Cette loi de conservation semble présupposée par toute recherche tendant à expliquer les états de conscience, considérés en eux-mêmes, de la manière dont on explique les phénomènes physiques ; elle est impliquée dans tout essai de psychologie positive.

Et maintenant, si la quantité d’énergie psychique demeure la même dans l’être pensant, peut-on soutenir la contingence des actes humains ?

Il n’est pas plus plausible en psychologie qu’en mécanique d’alléguer, pour garantir la contingence des phénomènes, la distinction de la force indéterminée et de la direction, et d’admettre que la permanence de l’une n’entraîne pas la détermination de l’autre. Les actions mentales, sensations, idées, tendances, ne sont jamais données à l’état indéterminé. La direction des antécédents doit se retrouver, aussi bien que leur énergie, dans les conséquents ; et, pour obtenir dans les conséquents une direction différente de celle qui résulte de la combinaison des antécédents, il faut faire intervenir une direction nouvelle, laquelle implique nécessairement une énergie nouvelle d’une certaine intensité. Ainsi un changement de direction, ou, en ce qui concerne l’âme, un changement de qualité, suppose toujours un changement de quantité. Il est vrai que cette quantité nouvelle peut avoir été empruntée par l’être