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nomènes psychologiques ne sont pas mesurables à la manière du mouvement ; et, en tant qu’on peut établir entre eux des degrés, ces variations, dans les régions élevées de l’âme, sont sans rapport assignable avec les variations de la quantité de force physique.

On en peut dire autant, quoique d’une manière moins absolue, de la doctrine suivant laquelle les phénomènes psychologiques ne seraient que la reproduction interne, non plus des phénomènes mécaniques, mais des phénomènes nerveux. Le parallélisme, ici encore, n’est que partiel, bien qu’il s’étende certainement à une plus grande portion de la vie psychologique. Peu importe, en effet, que l’on trouve des modifications du système nerveux correspondant à chaque modification de I’âme. La question est de savoir si les unes sont la mesure des autres. Or, il n’y a pas de proportion entre la différence physiologique et la différence psychologique qui distinguent, par exemple, la folie d’avec le génie ; et, quand on juge de l’âme par le corps, on est porté à identifier ces deux états. De plus, tandis que, dans le rapprochement des phénomènes psychologiques et des phénomènes mécaniques, l’un des deux termes au moins, savoir le phénomène mécanique, était exactement mesurable ; ici les deux termes ne sont guère plus mesurables l’un que l’autre, en sorte qu’il ne peut manquer de régner une grande incertitude sur le degré de la correspondance.

En somme, la seule entreprise vraiment pratique consiste à chercher, non pas la correspondance des rapports, mais la correspondance des phénomènes considérés isolément. On peut alors obtenir des résultats précis et instructifs ; mais ces résultats ne révèlent nullement la loi des phénomènes psychologiques, parce que, la loi de la détermination physique n’étant pas absolue, ils laissent entière la question de savoir si les conditions physiques ne sont pas déter-