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On voudrait pouvoir faire ici une différence entre l’ensemble et les individus, et réserver la spontanéité de ceux-ci, en alléguant que, dans les mathématiques abstraites, on trouve des lois fixes, dites lois des grands nombres, pour des ensembles de cas dont chacun, pris isolément, est supposé fortuit, et en concluant de là que la détermination de l’ensemble ne préjuge pas celle des détails. Mais le hasard que se donne le mathématicien n’est qu’une fiction. En fait, tout a sa raison d’être. Si les actes humains, pris un à un, semblent se produire au hasard, c’est qu’il y a une infinité de causes particulières qui viennent contrarier les causes générales dont on étudie l’influence, et que, ces causes particulières manquant complètement de convergence, il n’y a pas de loi pour leur action réunie. C’est précisément cette annulation réciproque de certaines causes qui en dégage et manifeste certaines autres. D’ailleurs, l’observation directe des groupes particuliers et des individus limite de plus en plus la part que la statistique générale paraît laisser au hasard. Il est vraisemblable que l’on pourrait trouver une moyenne constante pour les actes d’un individu comme pour ceux d’une société. Mieux on connaît un homme, plus sûrement, d’ordinaire, l’on explique et l’on prévoit sa conduite. S’il reste de l’incertitude, c’est, peut-on dire, parce qu’il manque des données. Admettra-t-on que le temps qu’il fait se produise d’une manière contingente, parce qu’on ne le peut prévoir à coup sûr ?

Quelle peut être la formule générale des lois psychologiques ?

Le procédé le plus scientifique pour déterminer cette formule est, à première vue, de remonter aux conditions physiques et mécaniques des états de conscience. Ne peut-on dire, par exemple, que l’expérience manifeste un rapport constant entre les modifications physiques du corps et les