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que des sensations d’une seule et même qualité. Les seules différences qui puissent se produire dans celle conscience sont des différences de quantité, d’intensité. Or l’unité de conscience est précisément l’attribut du sujet qui compare entre elles des qualités différentes. Ce n’est que dans cette comparaison que le sujet se sent et s’oppose aux choses extérieures.

Dès lors, comment concevoir que la conscience humaine dérive de la conscience attribuée à la cellule ?

Dira-t-on que la conscience personnelle n’est qu’une résultante définitive de consciences élémentaires ; que les sensations, les pensées ales désirs sont ces consciences elles-mêmes ; et que, leur combinaison ayant une fois engendré une résultante ou conscience personnelle, les sensations nouvelles sont en dedans ou en dehors du moi, c’est-à-dire deviennent perceptions ou demeurent sensations, selon qu’elles sont ou ne sont pas mises en rapport avec cette résultante ?

Mais, les consciences élémentaires ne possédant même pas le germe de l’unité qui caractérise la conscience personnelle, on ne voit pas comment celle-ci pourrait résulter de la combinaison de celles-là. De plus, on ne comprend pas comment plusieurs consciences pourraient ainsi se fondre en des consciences de plus en plus élevées. Il semble en effet qu’il soit de la définition de la conscience d’être fermée aux autres consciences. Si l’on objecte que cette propriété appartient exclusivement à la conscience d’un moi, mais non à des consciences dépourvues d’unité, on rend insaisissable le concept de ces consciences élémentaires ; et leur hétérogénéité, par rapport à la conscience personnelle, devient plus radicale encore.

Dira-t-on que la conscience personnelle est un agrégat de consciences élémentaires ?

En ce cas, on renonce à en expliquer l’unité. De plus, si