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multiplié, devient manifeste, n’était pas nul. C’est précisément une conscience sourde de ce genre qui existe chez les êtres inférieurs.

Cette déduction implique une altération profonde du concept de la conscience.

Tant qu’il s’agit de l’homme, la conscience, fût-elle réduite à son minimum d’intensité, est toujours l’acte par lequel une multiplicité et une diversité d’états sont rattachés à un moi et à un seul, l’appropriation des phénomènes à un sujet permanent. Ce qui varie, c’est la clarté de la perception, ce n’est pas l’unité du moi.

Mais, quand il s’agit des êtres inférieurs, de leur irritabilité, et de la finalité de leurs actes, la conscience n’est plus, et ne peut plus être l’attribution de différentes sensations à un moi unique. Car l’unité de la conscience a pour condition la comparaison entre les sensations : et cette comparaison suppose, à son tour, un centre où aboutissent les impressions causées par différents objets. La conscience que l’on attribue aux êtres inférieurs ne peut être que la sensation, la pensée et la tendance pures et simples, considérées comme susceptibles d’exister sans être perçues par un moi.

Or, ainsi réduite à sa valeur réelle, la conscience que l’on attribue aux êtres inférieurs présente, avec la conscience humaine, plus qu’une différence de degré. Ce n’est plus un moi concentrant en lui et comparant une multiplicité et une diversité : c’est un agrégat de sensations conscientes, sans lien entre elles. Tandis que la conscience humaine n’admet qu’une sensation à la fois, ces agrégats comportent, et des sensations successives, et des sensations simultanées. Quant à la cellule ou élément anatomique simple, le genre d’unité que peut posséder sa conscience se distingue radicalement de l’unité de conscience proprement dite. Car, en vertu même de sa simplicité organique, la cellule ne peut avoir