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propre ; et cela, non pas brusquement, mais insensiblement ; non pas d’un bout à l’autre de l’évolution, mais à l’origine seulement.

Il y aurait pourtant lieu de croire que cette divergence des fonctions nerveuses par rapport aux propriétés physiologiques générales n’est qu’apparente, si les êtres doués d’un système nerveux ne différaient d’ailleurs que par le degré de ceux qui en sont dépourvus. Mais la présence d’un tel système coïncide avec l’apparition de la conscience, faculté supérieure à toutes les fonctions vitales. Dès lors, n’est-il pas permis de penser que, si la conscience apparaît toujours lorsque certaines conditions physiologiques sont posées, c’est qu’elle-même pose ces conditions, sans lesquelles elle ne pourrait se manifester ? Si l’aurore annonce le soleil, c’est qu’elle en émane.

Mais peut-être n’est-il pas réservé à certaines conditions physiologiques spéciales de rendre la conscience possible. Peut-être un commencement de conscience est-il déjà lié aux propriétés vitales essentielles, en sorte qu’il n’y ait qu’une différence de degré entre les organismes inférieurs et les organismes supérieurs. Il y aurait ainsi quelque conscience jusque dans la cellule ; et il ne s’agirait, pour créer une conscience humaine, que de spécialiser, de diversifier, d’organiser les consciences propres aux cellules.

Lors même qu’un rudiment de conscience appartiendrait à chaque cellule, il n’en resterait pas moins que la conscience, ou sentiment de sa propre existence, est irréductible aux propriétés physiologiques proprement dites, et n’a pas en elles son origine. Dans la cellule, comme dans les organismes supérieurs, la présence de la conscience serait contingente. Mais est-on fondé à croire qu’une telle faculté existe dans les organismes inférieurs ?

On alléguera, pour soutenir cette thèse, un grand nombre