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son qu’elle implique est donc contingente, au point de vue logique du moins.

Peut-on maintenant soutenir que cette liaison est un acte de la raison elle-même, qui, partant du concept de la vie et l’enrichissant suivant une loi transcendante, en forme la conscience, comme un effet nécessaire ?

Ce recours à la raison serait justifié s’il s’agissait d’une conscience absolument une dans son sujet et dans son objet, et par conséquent irréductible aux données de l’expérience. Mais la conscience dont il s’agit en psychologie est individuelle et admet la pluralité des sujets ; de plus, en chaque individu, elle se ramifie en quelque sorte, selon la multiplicité des objets auxquels elle s’applique, et pénètre de toutes parts le champ varié de l’expérience. Or l’existence de la conscience, ainsi entendue, ne peut nous être révélée par l’entendement à priori, qui ignore la distinction des individus et l’infinie variété des phénomènes : elle est, au contraire, l’objet immédiat de la conscience empirique elle-même ; en d’autres termes, elle appartient encore à l’expérience. On ne peut donc arguer de la manière dont nous connaissons la nature de la conscience pour en considérer la réalisation comme nécessaire en droit.

Peut-on enfin, se fondant sur l’expérience elle-même, soutenir que le rapport de la conscience à la vie est nécessaire en fait ?

Il ne suffit pas, pour prouver cette thèse, de montrer que la conscience apparaît constamment, lorsque sont réalisées dans l’organisme certaines conditions que l’on réussit plus ou moins à définir. Car il reste à savoir si ces conditions n’ont pas été suscitées par la conscience elle-même : hypothèse admissible, si les lois de la vie sont contingentes. L’uniformité de coexistence, si elle manifeste un rapport de causalité, n’indique pas lequel des deux termes est cause de l’autre.