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Si maintenant, ayant égard à la pluralité des moyens qu’implique toute finalité, on invoque, pour expliquer la préférence donnée à l’un d’eux, des considérations telles que le principe de moindre action, ou l’instinct de la beauté, ou le bien général, on quitte le terrain des sciences positives pour passer sur celui de la métaphysique ou de l’esthétique ; et on ne peut plus alléguer l’autorité de l’expérience.

Ce n’est pas tout. Le concept : « de manière à » établit un lien entre les conditions dans lesquelles se trouve un être vivant d’une part et la subsistance de cet être au milieu de ces conditions d’autre part, c’est-à-dire entre des faits réalisés et une fin à réaliser, entre des choses données et une chose simplement possible. Or le caractère idéal de ce second terme empêche encore d’admettre que la loi de l’adaptation soit une loi positive proprement dite, et implique la nécessité au sens où peuvent l’impliquer les lois de la physique ou de la chimie.

Enfin le concept « exister » lui-même laisse place à quelque indétermination. Car il y a, pour un être complexe, plusieurs modes d’existence, selon qu’il développe plus ou moins telle ou telle de ses facultés. Le développement des diverses facultés peut être plus ou moins égal ou plus ou moins harmonieux. L’harmonie elle-même peut s’entendre de plusieurs manières, selon que toutes les facultés seront mises au même rang ou que certaines facultés seront mises au-dessus des autres. Quel sera, de tous ces modes d’existences, celui qui constituera le but de l’adaptation ?

Le principe de l’habitude héréditaire ne satisfait pas davantage aux conditions d’une loi positive. Selon ce principe, des modifications primitivement accidentelles peuvent, sous l’influence de certaines circonstances, telles que le milieu physique, la concurrence vitale, la sélection sexuelle, et, en dernière analyse, l’énergie, la continuité ou la répétition de