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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/89

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faire d’observations ; mais nous pratiquons depuis trop longtemps la franchise pour que je puisse te dissimuler ce que je pense. Eh bien, je dois le dire que tel passage ne me paraît pas très heureux.

Alors Tolstoï a ri :

— Je suis de ton avis, et je ne t’avais pas avertie afin de ne pas l’influencer ; mais, dans ma pensée, j’avais déjà supprimé le passage.

Et de cela elle a été contente, contente.

— Et voilà comment nous avons vécu, fait-elle avec la grâce enjouée qu’elle met en tous ses propos, lui faisant ses livres et conduisant les bataillons de ses pensées, moi le regardant faire, en témoin qui surveille et devient quelquefois acteur. Si je considère mon existence, je n’y aperçois que des sujets de contentement. Je reste avec orgueil l’obligée de mon mari, car je sens, avec la même vivacité que jadis, tout ce que je lui dois de gratitude pour avoir élevé jusqu’à lui la petite fille que j’étais et l’avoir associée aux œuvres de son génie. Et cette gratitude ne finira qu’avec ma vie. Je la lui ai témoignée de mon