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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/87

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ses livres avec transport, elle avait connu des heures d’inexprimable angoisse, quand jadis il était à la guerre, et souvent aussi elle avait rêvé de lui… mais était-ce cela qu’on appelle l’amour ? Et puis, elle, la petite fille, devenir la femme, la compagne, l’amie du grand homme — car il était déjà, pour elle, le grand homme ! — et entrer dans sa vie, confondre sa vie avec la sienne ?… Elle en demeura épouvantée et ravie. Mais dans un grand élan elle dit oui : et quelle autre réponse eût-elle pu faire, que son cœur eût ratifiée ?

Sans qu’elle s’en fût doutée, Tolstoï l’aimait. Il avait été, jour par jour, conquis par tout ce que la jeune âme de sa petite amie lui avait successivement révélé de délicatesse, de charme, de bonté intelligente. Dans une lettre qu’il écrivait alors à un confident, il épanchait toute la tendresse anxieuse de son cœur, et il ajoutait que, plutôt que de renoncer à celle de qui il espérait le bonheur de sa vie, il aimerait mieux se loger une balle dans la tête. Propos de jeune homme qui porte encore, avec l’uniforme militaire