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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/173

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conservatrices, entre la Révolution et la contre-révolution, autour d’un mamelon central, qui est le procès d’un petit officier ; un arrêt de tribunal qui devient le gage de victoire de l’un ou de l’autre parti ; toute la justice, toute la vérité défendues par les hommes de vérité et de justice, tous les républicains en bataille autour de la République, tout le passé et tout l’avenir qui s’entrechoquent ; et le monde intéressé dès lors à connaître quelle parole suprême sortirait de la conscience de la France.

Tolstoï s’appliquait à m’écouter. Lorsque j’eus fini, la même interrogation obstinée remonta à ses lèvres :

— Encore une fois, pourquoi Dreyfus ? Je comprends toute ces choses. Mais rien de cela n’était nouveau. Qu’il y eût en France des réactionnaires et des libéraux, un cléricalisme accapareur et sournois, on le savait ; une armée constitué en caste, on pouvait le deviner. Ce qui m’échappe, c’est qu’il ait suffi qu’un conseil de guerre eût condamné à tort un officier juif pour que s’ensuivissent toutes ces découvertes qui n’en devaient pas être.