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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/160

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prendre que les temps ne sont pas encore révolus du règne de la nature, et que, vivant parmi des hommes encore emprisonnés dans l’erreur, il était nécessaire qu’ils s’astreignissent provisoirement à la règle commune. Veregin a sur eux une grande autorité : ce que n’avait pu faire la force légale, il l’a accompli par le seul ascendant de son esprit. Et maintenant tout est bien chez les Doukhobors. Nul dissentiment entre eux, nulle querelle, nulle méfiance. La paix est en eux et sur eux. La fraternité lie leurs cœurs. Ils vivent pleinement heureux. Ils s’épanouissent dans la sérénité de la conscience. Ils travaillent, car le travail est sain. Ils cultivent leurs terres, et ils les cultivent par le seul moyen de leurs bras, car ils considèrent que nul être vivant ne doit être le serviteur des hommes[1]. Je sais que leur exploitation

  1. La quiétude chez les Doukhobors n’aura pas été longue. Le vêtement leur est odieux, décidément. Le télégramme suivant a paru dans le Figaro, le mois dernier (juillet 1904) :
    « Winnipeg. — Les Doukhobors tentent un nouvel exode. Ils se sont mis en marche en chantant des cantiques. Ils n’ont ni vêtements de rechange, ni provisions, et refusent d’accepter des habitants les aliments qu’on leur offre. Les Doukhabors sont, en effet, végétariens et les légumes sont actuellement fort rares dans le nord-ouest.
    « Des fermiers qui les ont rencontrés assurent que, dans la prairie, ils marchent tout nus. »