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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/141

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Tout le monde se mit à rire. Tolsloï est gai ; il aime rire, et il rit largement. Pourquoi ne rirait-il pas ? Sa vie est comblée. Il a connu le bonheur domestique. La fonction de son génie était de penser, de produire, de faire le bien. Il a pensé, il a produit, et il fait le bien tous les jours. Son âme s’épanouit dans la sérénité et la quiétude. Si jamais destinée fut remplie avec largesse, c’est la sienne. Il a dévoué tout l’effort de son être à des œuvres belles, et ces œuvres sont accomplies. S’il n’a point vu fleurir sur la terre la paix et la fraternité, sans doute il ne l’espérait pas. Il sait que les hommes sont pétris de vices et de méchanceté, et qu’il faut plus de temps pour arracher de son champ les racines pernicieuses que pour couvrir la terre de chiendents et d’orties. Il voit, après des milliers d’années, l’aboutissement précaire de la prédication d’un Confucius ou d’un Jésus. Mais il sait aussi que, si le Bien est lent à triompher, son triomphe du moins est assuré dans les temps à venir, et, dans le fond de sa juste conscience, il peut convenir sans orgueil que sa parole fut bienfaisante et