Ouvrir le menu principal

Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/112

Cette page a été validée par deux contributeurs.


avec rapidité, d’un glissement doux, à travers la neige sans bornes. Suivions-nous des chemins tracés ? Je n’en sais rien. La mer blanche se développait devant nous, sans un vallonnement, sans une ride, sans un vestige de vie. Depuis combien de jours un pas humain avait-il foulé ces lieux désertés ? Et que resterait-il de nous après notre passage ? Deux sillons parallèles et la foulée des chevaux, que la petite neige de la nuit prochaine recouvrirait doucement. Tout autour de nous, le silence pesant, la paix immense de la nature glacée, les paysages immobiles de la mort. Le sabot nerveux de nos bêtes, en crevant la neige, faisait lever autour de nous un éclaboussement de jolies fleurs blanches, et qui nous fouettaient au visage comme des lanières tranchantes. L’air sans brise était léger et aigu, mais j’avais l’impression qu’il se fermait sur moi et m’enserrait, comme les subtiles murailles d’une invisible prison. Les vibrations de nos voix dépassaient à peine la barrière de nos lèvres, et il fallait les forcer pour nous faire réciproquement entendre. Du traîneau qui