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Page:Bourdon - En écoutant Tolstoï.djvu/108

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fin, semble s’être concentrée dans une résistance désespérée, et qui sont comme projetés hors de l’image. Les joues sont creuses, le visage est ravagé, toute la face douloureuse est crispée par le mal, et couchée dans la majesté d’une auguste résignation. À quoi songeait ce grand vaincu, alors qu’un ami bouleversé dirigeait vers lui l’objectif de son appareil ? Ne lui disait-il pas, au-dedans de lui, dans le silence de la soumission qu’il faisait au destin : « Ami, recueille soigneusement les traits de ton ami. Recueille-les pour sa femme, pour les siens, pour tous ceux qui l’ont un peu aimé et qu’il a tant aimés. Mais hâte-toi. Profite de cet instant où quelque chose de ma pensée s’inscrit encore dans mes yeux que des voiles obscurciront bientôt. Car ton ami va mourir. »

Il vécut, pour le bonheur des siens, pour le soulagement de l’univers. Il se rétablit lentement, mais ses forces, reconquises fibre à fibre, le furent du moins tout entières. Il reprit ses chères habitudes, c’est-à-dire qu’il reprit celle du travail.

— Il n’y a rien de changé dans notre vie,