Page:Boissonnas, Une famille pendant la guerre, 1873.djvu/42

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

26
UNE FAMILLE PENDANT LA GUERRE.

l’après-midi, nous n’avons pas eu à nous en plaindre, mais en ville on est fort effrayé. Ils ont chassé le chef de gare de son logis et l’ont complètement pillé. Ce qu’ils n’ont pu emporter, ils l’ont brisé. Ils ont cassé les marbres des commodes, les glaces, les serrures. Quelques maisons dont les habitants sont partis ont été traitées de même.

Tu te rappelles ces grands arbres qui bordaient la route de Creil ? Je t’ai raconté qu’ils avaient été abattus et laissés en travers sur la chaussée. L’officier arrivé le premier hier en a été furieux et a signifié au maire que si la route n’était pas déblayée avant le soir, il brûlerait la ville.

On ne pouvait douter qu’il n’exécutât sa menace, et force a été d’envoyer des ouvriers pour mettre sur le bord de la route nos pauvres beaux arbres ; ils vont maintenant servir à chauffer les Prussiens.

Monsieur de Vineuil à madame de Vineuil.
Paris, 14 septembre 1870.

Chère femme, chers enfants,

À vous mon premier moment de liberté. Six heures pour ce voyage que nous faisons si facilement