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UNE FAMILLE PENDANT LA GUERRE.

partie du linge, les vêtements d’hommes, presque toute l’argenterie ; François descend les caisses dans la cave qui est sous le bûcher. Les tableaux y sont aussi et, en général, les objets auxquels mon père et maman tiennent le plus.

J’y ai mis le beau nécessaire que Maurice et toi m’avez donné à mon dernier jour de naissance. Le maçon va murer l’entrée de la cave, on arrangera devant les bancs et les chaises de jardin, et il faudra être bien habile pour deviner ce qu’il y a là-dessous.

Dans chaque maison on en fait autant avec plus ou moins de mystère. Hier, à nuit noire, François a rencontré au carrefour du Poteau-Neuf une bande de nos voisins, ils revenaient de la forêt où ils avaient enfoui leurs trésors.

Le garde est venu demander à papa s’il devait autoriser certains habitants de Thiers à construire dans les bois des abris pour leurs bestiaux.

Chacun nous conseille de faire quelques dépôts de vivres dans des endroits sûrs. « On ne sait pas ce qui peut arriver, » nous répète-t-on, et ce doute n’est pas le beau côté de notre affaire.

Avec tout cela, le temps marche, et bientôt il faudra voir partir mon père ! Il espérait rester jusqu’au 15, mais les nouvelles de la marche de l’ennemi sont menaçantes, nulle part on ne peut même essayer de l’arrêter et nous pouvons l’avoir ici dans quatre ou cinq jours. Puis on réclame mon père à Paris. Déjà