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Page:Boileau - Satires et oeuvres diverses, Schelte, 1749.djvu/43

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DISCOURS




AU ROY.


 

JEune & vaillant Héros, dont la haute ſageſſe
N’eſt point le fruit tardif d’une lente vieilleſſe,
Et qui ſeul, ſans miniſtre , à l’exemple des Dieux,
Soutiens tout par toi-même , & vois tout par tes yeux.
Grand Roy, ſi juſqu’ici, par un trait de prudence,
J’ai demeuré pour toi dans un humble ſilence ;
Ce n’eſt pas que mon cœur vainement ſuſpendu
Balance pour t’offrir un encens qui t’eſt dû.
Mais je ſçai peu loüer, & ma muſe tremblante,
Fuit d’un ſi grand fardeau la charge trop peſante ;
Et dans ce haut éclat où tu te viens offrir,
Touchant à tes lauriers craindroient de les flétrir.
Ainſi ſans m’aveugler d’une vaine manie,
Je meſure mon vol à mon foible genie ;
Plus ſage en mon reſpect, que ces hardis mortels
qui d’un indigne encens profanent les Autels ;
Qui dans ce champ d’honneur où le gain les améne,
Oſent chanter ton nom ſans force & ſans haleine,
Et qui vont tous les jours, d’une importune voix,
T’ennuyer du recit de tes propres exploits.