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Page:Blaise Pascal - Les Provinciales.djvu/142

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dans ces rencontres est celui de la patience : donc il est Calviniste. Cela est bien subtil, mes Pères, et je ne sais si personne en voit la raison. Apprenons-la donc de lui : Parce, dit ce grand controversiste, qu’il ne croit donc pas le sacrifice de la Messe. Car c’est celui-là qui est le plus agréable à Dieu de tous. Que l’on dise maintenant que les Jésuites ne savent pas raisonner. Ils le savent de telle sorte, qu’ils rendront hérétique tout ce qu’ils voudront, et même l’Ecriture sainte. Car ne serait-ce pas une hérésie de dire, comme fait l’Ecclésiastique : Il n’y a rien de pire que d’aimer l’argent, nihil est iniquius quam amare pecuniam ; comme si les adultères, les homicides et l’idolâtrie n’étaient pas de plus grands crimes ? Et à qui n’arrive-t-il point de dire à toute heure des choses semblables ; et que, par exemple, le sacrifice d’un cœur contrit et humilié est le plus agréable aux yeux de Dieu ; parce qu’en ces discours on ne pense qu’à comparer quelques vertus intérieures les unes aux autres, et non pas au sacrifice de la Messe, qui est d’un ordre tout différent et infiniment plus relevé ? N’êtes-vous donc pas ridicules, mes Pères, et faut-il, pour achever de vous confondre, que je vous représente les termes de cette même Lettre où M. de Saint-Cyran parle du sacrifice de la Messe comme du plus excellent de tous, en disant : Qu’on offre à Dieu tous les jours et en tous lieux le sacrifice du corps de son Fils, qui n’a point trouvé DE PLUS EXCELLENT MOYEN que celui-là pour honorer son Père ? Et ensuite : Que Jésus-Christ nous a obligés de prendre en mourant son corps sacrifié, pour rendre plus agréable à Dieu le sacrifice du nôtre, et pour se joindre [à nous] lorsque nous mourons, afin de nous fortifier en sanctifiant par sa présence le dernier sacrifice que nous faisons à Dieu de notre vie et de notre corps. Dissimulez tout cela, mes Pères, et ne laissez pas de dire qu’il détournait de communier à la mort, comme vous faites, p. 33, et qu’il ne croyait pas le sacrifice de la Messe : car rien n’est trop hardi pour des calomniateurs de profession.

Votre seconde preuve en est un grand témoignage. Pour rendre Calviniste feu M. de Saint-Cyran, à qui vous attribuez le livre de Petrus Aurelius, vous vous servez d’un passage où Aurelius explique, pag. 89, de quelle manière l’Église se conduit à l’égard des prêtres, et même des évêques qu’elle veut déposer ou dégrader. L’Église, dit-il, ne pouvant pas leur ôter la puissance de l’Ordre, parce que le caractère est ineffaçable, elle fait ce qui est en elle ; elle ôte de sa mémoire ce caractère qu’elle ne peut ôter de l’âme de ceux qui l’ont reçu : elle les considère comme s’ils n’étaient plus prêtres ou évêques ; de sorte que, selon le langage ordinaire de l’Église, on peut dire qu’ils ne le sont plus, quoiqu’ils le soient toujours quant au caractère : Ob indelebilitatem characteris. Vous voyez mes Pères, que cet auteur, approuvé par trois Assemblées générales du Clergé de France, dit clairement que le caractère de la Prêtrise est ineffaçable, et cependant vous lui faites dire tout au contraire, en ce lieu même, que le caractère de la Prêtrise n’est pas ineffaçable. Voilà une insigne calomnie, c’est-à-dire, selon vous, un petit péché véniel. Car ce livre vous avait fait tort, ayant réfuté les hérésies de vos confrères d’Angleterre touchant l’autorité épiscopale. Mais voici une insigne extravagance : c’est qu’ayant faussement supposé que M. de Saint-Cyran tient que ce caractère est effaçable, vous en concluez qu’il ne croit donc pas la présence réelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie.

N’attendez pas que je vous réponde là-dessus, mes Pères. Si vous n’avez point de sens commun, je ne puis pas vous en donner. Tous ceux qui en ont se moqueront assez de vous aussi bien que de votre troisième preuve, qui est fondée sur ces paroles de la Fréq. Comm., 3. p., ch. II : que Dieu nous donne dans l’Eucharistie LA MEME VIANDE qu’aux saints dans le Ciel, sans qu’il y ait d’autre différence, sinon qu’ici il nous en ôte la vue et le goût sensible, réservant l’un et l’autre pour le ciel. En vérité, mes Pères ces paroles expriment si naïvement le sens de l’Église, que j’oublie à toute heure par où vous vous