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COMMENTAIRE HISTORIQUE

langage de la my-nuict : et si bien qu’il ne luy sembloit pas d’avoir bien faict, si ses vers n’estoyent tous couvers et flottans, parmy un tenebreux et continuel nuage de metaphores, d’antitheses, de metonimies, de periphrases, et de nouveauté de mots et dictions estranges, dont à tout propos il embarrassoit ses conceptions. Et là dessus, il disoit qu’il escrivoit tout expres ainsi afin de n’estre entendu que des doctes. Mais on a veu enfin que ses œuvres ont esté mesprisées des hommes les plus sçavans, veu la broüillerie et rudesse qui estoient en elles, et d’autre part en mesme temps du tout desdaignées et abandonnées du vulgaire, pour l’obscurité et pour le mauvais langage dont elles estoient couvertes et enflées... Quelques-uns se trompans en la chimere du grand sçavoir qu’ils s’imaginent en l’obscurité d’un Poëme, estiment que les passages plus obscurs de Du Bartas sont les plus beaux, et tout au contraire ce sont ceux qui le sont le moins, et où les vers sont les plus desagreables pour les periphrases et metaphores impropres dont ils sont chargez, et qui en les enlaidissans les rendent envelopez d’une obscurité par trop estrange. Aussi Ronsard appercevant que cest autheur metaphorisoit el s’obscurcissoit par trop en quelques endroicts, et que Du Monin en usoit par tout de la sorte, disoit parfois à ses amis que Du Monin et Du Bartas luy avoyent gasté la Poësie. » (Chap. x, pp. 259 et 272 ; cf. chap. v, pp. 118-19 ; xiv, p. 390.)

P. 40, l. 19. — des Dieux. Cf. l’Elegie à Chr. de Choiseul :

Chetifs ! qui ne sçavoient que nostre poësie
Est un don qui ne tombe en toute fantaisie,
Un don venant de Dieu, que par force on ne peut
Acquerir, si le ciel de grace ne le veut ;


et encore le Discours à J. Grevin, début. (Bl., VI, 202 et 311.)

P. 40, l. 21. — à ce ministere. Voir par ex. les odes Errant par les champs de la Grace (discours de Jupiter aux Muses, str. xii à xvi) ; Celuy qui ne nous honore (Bl., II, 68 et 117). En ce qui concerne Ronsard lui-même, les textes abondent où il se vante d’être né poète ; voir l’éd. Bl., II, 134-35, 247, 395, 414, 426, 446 ; III, 316 ; V, 157, 188 à 190 ; VI, 44, 191 ; VII, 270, notamment l’ode Descen du ciel Calliope, l’hymne de l’Automne et le poème A Pierre l’Escot.

Sur la haute idée qu’il se faisait du poète vraiment digne de ce nom, cf. ma thèse sur Ronsard p. lyr., pp. 55, 335, 340.

P. 40, l. 26. — de mal faire. Cette envie d’écrire des satires et cette crainte d’en publier apparaissent bien dans deux pages des Estrennes au Roy Henry III (1er janvier 1575), notamment eu ces vers :

Il faut que mon humeur se purge sur quelqu’un :
Mais je ne puis sans vous : sans vostre faveur, Sire,
Je n’ose envenimer ma langue à la satyre.
Si est-ce que la rage et l’ulcere chancreux
Me tient de composer : le mal est dangereux
Qui desplaist à chacun : mais si je vous puis plaire,
Il me plaist, vous plaisant, d’escrire et de desplaire.
(Bl., III, 285.)


Mais Henri III, loin de l’avoir autorisé à faire la satire des vices de