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COMMENTAIRE HISTORIQUE

et la réponse que Du Bellay fit en 1556 à ce sonnet dans le sonnet x des Regrets.

Il est d’autant plus difficile d’excuser l’erreur de Binet que Du Bellay lui-même a pris soin d’écrire dans la 2e préface de l’Olive : « Combien que j’aye passé l’aage de mon enfance et la meilleure part de mon adolescence assez inutilement, Lecteur si est-ce que par je ne sçay quelle naturelle inclination, j’ay tousjours aimé les bonnes lettres : singulierement nostre poësie françoise, pour m’estre plus familiere, qui vivoy’ entre ignorans des langues estrangeres..... Certainement, Lecteur, je ne pouroy’ et ne voudroy’ nier, que si j’eusse ecrit en grec ou en latin, ce ne m’eust esté un moyen plus expedié pour aquerir quelque degré entre les doctes hommes de ce royaume : mais il fault que je confesse ce que dict Ciceron en l’oraison pour Murene : Qui cùm citharaedi esse non possent, et ce qui s’ensuit. » Édition des Œuvres poétiques par H. Chamard, tome I, pp. 11 et 12)

P. 15, l. 47. — vingt ans. Cette incidente de B retombe sur la proposition « qu’il fit à Blois » ; nous pensons que la ponctuation de B est la bonne, et non celle de C, conservée dans les éd. suivantes ; notre interprétation est confirmée par les passages des œuvres de Ronsard, où Binet a pris ce renseignement :

Ha, Belacueil, que ta douce parolle
Vint traitrement ma jeunesse offenser.
Quand au verger tu la menas danser
Sur mes vingt ans l’amoureuse carolle...
(M.-L., I, 82 ; sonnet publié en 1552.)


Sur mes vingt ans, pur d’offense et de vice
Guidé mal-caut d’un trop aveugle oiseau,
Ayant encor le menton damoiseau,
Sain et gaillard je vins à ton service...
(Bl., I, 65 ; M.-L., I, 55 ; sonnet publié en 1553.)


A vingt ans je choisis une belle maistresse.
(Bl., VII, 127 ; discours publ. en 1563.)


Cela n’empêche pas d’ailleurs de croire qu’il « résolut de la chanter » aussitôt, dès l’année 1545, comme l’indiquent ces autres vers :

Ces mots mignards, ces rais sont les jeunes chansons
Qu’à vingt ans je chantois pour flechir ma maistresse.
(Bl., V, 332 ; sonnet publié en 1569.)

P. 16, l. 1. — vray ou faux. Il est difficile d’expliquer que Binet, qui a délayé l’autobiographie de Ronsard, et l’a même citée dans les premières pages de son opuscule, ait attribué à un début de sonnet cet hémistiche, qui se lit vers la fin de l’autobiographie. À l’endroit où il en était rendu de sa rédaction, il avait sans doute fermé l’in-folio de 1584, car il cite de mémoire cet hémistiche en le défigurant :

Soit le nom faux ou vray, jamais le temps vainqueur
N’effacera ce nom du marbre de mon cœur.

Il s’en aperçut pour la rédaction de B. Il y ajouta la devise grecque qui entourait le portrait de Ronsard dès l’édition princeps des Amours